20 juillet 2005
L'homme Européen
2005 - Essai - Ed Plon
Co auteur Jorge Semprun
Parmi les nombreux essais et réflexions suscités par la question européenne, ce livre se distingue par l’originalité de son concept : la réunion de deux personnalités aussi connues et aussi différentes apporte au débat une dimension et une richesse toutes particulières.
Pourquoi un écrivain et un ministre, un Français et un Espagnol, un militant républicain et un gaulliste fervent se retrouvent-ils dans le désir de défendre le même rêve européen ?
Pourquoi deux hommes de langues différentes, engagés dans des chemins différents, nourris de mémoires différentes, d’images différentes, rassemblent-ils leurs énergies pour soutenir un même projet, celui d’une Europe de paix et de démocratie ?
En neuf chapitres définissant les divers aspects de la construction européenne, Dominique de Villepin et Jorge Semprun confrontent leurs expériences, leurs sensibilités, leurs analyses, pour une conclusion commune.
Pourquoi un Espagnol et un Français veulent-ils aujourd'hui parler ensemble de l'Europe ? Pourquoi un militant de gauche et un gaulliste fervent se retrouvent-ils dans ce désir de faire vivre le rêve européen ? Pourquoi deux hommes engagés dans des aventures si différentes, nourris d'une mémoire qui ne convoque pas les mêmes images, les mêmes langues ni les mêmes douleurs, veulent-ils rassembler leurs énergies pour soutenir une promesse encore à peine esquissée ? Alors, ouvrons les yeux. L'Europe pour la paix et la démocratie bien sûr. L'Europe pour tirer le meilleur parti de la mondialisation et pour imprimer notre idéal humaniste dans le monde de demain. L'Europe pour offrir à nos vies quotidiennes davantage de sécurité, de justice et d'ambition. Plus que jamais l'Europe est une idée neuve.
Jorge Semprun, né en 1923 à Madrid, ancien communiste, résistant, déporté, ministre de la Culture du gouvernement espagnol de 1988 à 1991, est écrivain et scénariste. Ses ouvrages lui ont valu de nombreux prix. Membre de l’Académie Goncourt, il vit à Paris.
19 juillet 2005
Les Cent Jours ou l'esprit de sacrifice
2001 - Ed Perrin - Prix de la Fondation Napoléon
A travers le Napoléon de la fin, ce livre raconte une des périodes les plus riches de notre histoire. Tout commence en 1814 avec les adieux de Fontainebleau. Trahi, abandonné, Napoléon découvre sur le chemin de l'exil la haine et l'humiliation. L'île d'Elbe devient le refuge où cet homme blessé panse ses plaies et médite sur sa chute avant de tenter le pari fou du retour.
Le ler mars 1815 commence l'extraordinaire aventure du vol de l'Aigle. De clocher en clocher, acclamé par le peuple et l'armée, l'Empereur reconquiert son trône sans tirer un coup de fusil. Mais déjà le piège se referme : l'Europe le condamne et les notables s'éloignent. Entre une dictature aux relents révolutionnaires et un pacte libéral, il hésite avant de donner une constitution qui ne satisfait personne puisqu'elle lui aliène le peuple sans lui rallier les élites. Seul, dépouillé de son mystère impérial, Napoléon joue le tout pour le tout en s'en remettant au verdict du champ de bataille. Ouverte en fanfare, la titanesque campagne de Belgique trouve son dénouement cruel à Waterloo. Devant la fronde parlementaire, l'Aigle fait le choix du sacrifice et s'éloigne vers Sainte-Hélène tandis que Fouché et Talleyrand, « le vice et le crime », scellent leur alliance pour s'emparer du pouvoir au prix d'un marché de dupes. L'épopée s'achève en tragédie.
Dans l'ombre se dressent des seconds rôles prodigieux : Ney, Constant, Chateaubriand, La Fayette, La Bédoyère. Il y a aussi ces Français écartelés entre Révolution et Restauration, ou déchirés entre fidélité à Napoléon et peur de l'invasion.
Cet ouvrage éclaire d'un jour nouveau la personnalité de l'Empereur comme les grands enjeux de la période. Derrière le duel entre Louis XVIII et Napoléon, tout est mouvement, doute, complot, crise, qui dessinent le visage de la France moderne.
Le cri de la gargouille
2002 - Essai - Ed Albin Michel
"J'ai souvent redouté le drame d'un pays aveuglé, marchant à tâtons", écrit Dominique de Villepin, après sept années passées au sommet de l'Etat.
Dans une fulgurante synthèse historique, de la monarchie à la récente cohabitation, il décrit la France comme le pays du pouvoir, un pouvoir paralysé, divisé, confronté aux angoisses des Français.
Dénonçant avec une verve nourrie de son expérience "l'esprit de cour" qui s'est répandu partout, Dominique de Villepin veut croire au sursaut collectif, au "passeur" comme à tous ceux qui voudront participer à la "révolution pacifique". "A nous, écrit-il, d'établir un nouveau pacte, un nouveau contrat, bien au-delà de celui venu du fond des âges, conclu entre le peuple inquiet et le Léviathan".
Pour lui, comme pour Malraux, ce qui caractérise la civilisation d'aujourd'hui est, à l'évidence, son absence de décisions. Aussi pense-t-il enfin venue l'heure "décisive", le "temps de l'action".
Ce texte bref, lyrique, d'un style éblouissant porte le débat à son plus haut.
Eloge des voleurs de feu
2003 - Essai - Ed NRF Gallimard collection blanche
Laurent Wolf, Le Temps
Pour Dominique de Villepin, la vérité est du côté des poètes
Sous la célèbre couverture de la collection blanche de la NRF, le ministre français des Affaires étrangères rend publique une passion pour la poésie plus dévorante que sa passion de la politique.
Dominique de Villepin, le ministre français des Affaires étrangères, vient de publier un livre. Au premier abord, rien de surprenant. En France, aucun politicien ne peut prétendre à une carrière nationale s'il n'en a pas écrit au moins un, si possible plusieurs. On prépare les victoires électorales avec des livres, on explique les défaites avec des livres. Le premier ministre vient de sortir le récit d'une année de gouvernement, qui n'a eu aucun succès. Le ministre de l'Education nationale a garanti le succès du sien, un ouvrage sur l'école, en le distribuant d'office à 800000 enseignants. Mais il ne s'agit pas de littérature.
Avec Eloge des voleurs de feu, Dominique de Villepin s'attaque à la poésie sous la célèbre couverture de la collection blanche de la NRF. Il vaudrait mieux dire qu'il la caresse, qu'il la malaxe, lui fait des déclarations d'amour, lui attribue des postures glorieuses. Il partage ses révoltes et ses contemplations. Il trace des fresques historiques, engendre des confréries au-dessus des siècles, crée des fraternités. Il s'enfonce dans des gouffres où Arthur Rimbaud, chez qui le feu dévore, tend ses lumières noires et sa rhétorique, son phrasé, dont Dominique de Villepin use avec beaucoup moins de mesure que lui. Le bouquin est énorme, plus de 800 pages. Il suscite d'abord la méfiance. Les vrais talents littéraires sont moins fréquents chez les politiques que la capacité de manœuvre. Et la décision de publier ou non ce livre a provoqué chez Gallimard des discussions passionnées. Mais ses qualités ont fini par l'emporter.
Car avant d'être l'ouvrage d'un politicien, Eloge des voleurs de feu est le témoignage d'un fou de poésie. On savait que Dominique de Villepin était capable de parler au Conseil de sécurité de l'ONU dans un style impeccable et lyrique. On sait maintenant pourquoi. Il raconte que sa mère recopiait pour lui des vers, ce qu'il appelle ses «recettes de vie», et que ses «poches n'ont cessé d'enfler de poèmes, de papiers ou d'objets, de mots mêlés aux choses de la vie». Il raconte, au coin de ces pages à la gloire des poètes, son enfance dans l'exil hors de France, sa mère, son frère dont on devine la disparition et la blessure ouverte qu'elle lui laissa. On comprend qu'il y a chez cet homme, chez ce diplomate élégant, une vraie colère, une vraie révolte, une vérité secrète, quelque chose qui ne peut s'épuiser entièrement dans l'action politique.
«Longtemps ces pages griffonnées en secret ont nourri le soupçon. On supputait, on imaginait quelque machination de secte ou cabale de Cour. Mais il s'agit d'une entreprise plus ambitieuse encore, d'un déchaînement de ruses et de poisons, bréviaire de plumes et de plombs pour une vie réenchantée.» Ainsi commence le livre de Dominique de Villepin. Ainsi commence le voyage dans ces pages dérobées au travail du conseiller présidentiel ou du ministre. «Comment comprendre aujourd'hui, demande-t-il aussi, cette absence du poète qui ne nourrit le plus souvent que dédain, indifférence, passion parfois enjouée, rarement partagée? Et pourquoi les allées publiques sont-elles tant désertées par ceux qui ont en charge d'annoncer les chemins de l'avenir?»
Ce livre porte une espérance, un secret plus politique qu'il n'y paraît, une machination peut-être, mais ourdie hors des coulisses des assemblées, des congrès ou des cabinets ministériels. Dominique de Villepin dit de ceux qui croient que l'ultime pouvoir d'énoncer ce que sera l'avenir revient aux politiciens: ils se trompent car la vérité est ailleurs. «Après les sirènes de la fin de l'histoire, d'aucuns clament la mort de la poésie [...]. Je vous dis qu'il n'en est rien, que c'est impossible, qu'en tout lieu et en tout temps, un poète se lèvera pour défier les dieux et les pouvoirs, pour vivre intensément et faire entendre le son de la vie», voilà donc l'espérance de Dominique de Villepin. Il parle des poètes en frère, en camarade. Enfin on comprend que l'homme de pouvoir, le ministre, voudrait bien participer à ce complot du fond des âges, celui des poètes qui incarnent à ses yeux l'histoire humaine bien mieux que les politiciens.
Un autre monde
2003 - Recueil de discours - Préface de Stanley Hoffmann - Ed de L'Herne
A l'orée du IIIè millénaire, les événements du 11 septembre puis la crise iraquienne ont ouvert une époque particulièrement instable et périlleuse, profondément perturbée par la logique de l'affrontement dont veulent tirer profit les plus fanatiques.
Récemment des divergences marquées, de part et d'autre de l'Atlantique - notamment sur le rôle de l'ONU et sur les principes mêmes du droit international -, ont révélé un décalage de fond autant sur les stratégies politiques que sur les fondements éthiques. Au cours de cette période cruciale, Dominique de Villepin fut incompris, écrit Stanley Hoffmann, par ceux qui ne croient qu'à la force et aux formes sempiternelles de la politique de puissance et qui le considèrent comme un ennemi ou un imprudent. Mais c'est aussi pourquoi tant de gens à travers le monde, même en Amérique, ont été touchés par ses propos.
L'ensemble d'interventions et d'entretiens du ministre des Affaires étrangères, réuni ici, éclaire, de façon singulièrement prémonitoire, les conséquences de la crise iraquienne sur le nouvel équilibre du monde et illustre les choix de la France dans des domaines variés : Europe, défis régionaux, nouveaux enjeux. Afin de nourrir le débat, des intellectuels, venus de tous horizons, ont accepté de confronter leurs points de vue, analyse critique ou engagement littéraire ; parfois contradictoires, toujours complémentaires, ils permettent une mise en perspective multidirectionnelle des problèmes.
Ils ébauchent, aussi, les prémices d'un monde à venir où Dominique de Villepin, dans la ligne du président de la République, ambitionne de voir l'avènement d'une véritable démocratie mondiale fondée sur le partage et le dialogue entre les hommes et les différentes cultures, et où la France - au sein de l'Europe et de la communauté internationale - jouerait un rôle à la hauteur de ses idéaux de tolérance et de progrès, de justice et de solidarité.
Le requin et la mouette
2004 - Essai - Ed Plon/Albin Michel
Pour un autre monde![]()
par Daniel Rondeau, L'Express Livres
Etre ministre de l'Intérieur et garder toujours un oeil sur Nicolas Sarkozy n'empêche pas Dominique de Villepin d'avoir le souci du monde. Dans Le Requin et la mouette, il bat les cartes de l'Histoire et de l'actualité pour jeter sur le tapis mille sujets qui témoignent d'une volonté de réconcilier notre temps avec des valeurs universelles (réactualisées une première fois en 1789) et la puissance avec l'idée de sagesse.
Immergé chez les pompiers et les policiers, Villepin ne s'écarte jamais des poètes. C'est René Char qui lui a donné son titre. Il a trouvé son inspiration chez le général de Gaulle, ce qui ne surprendra personne, chez Malraux, qui pensait que la France n'est jamais plus grande que quand elle l'est pour les autres (contrairement à l'Angleterre), mais aussi chez Gandhi et dans le personnage d'Ulysse, l'un des héros d'Homère les plus habiles à jouer d'autres atouts que la force.
Ecrire est pour lui une façon d'imaginer ou de continuer une politique, c'est-à-dire de ne pas renoncer à l'Histoire, «cette grande invention de l'homme désireux de se dresser contre le désordre». Le Requin et la mouette est une méditation à voix haute sur l'état de notre vieille terre chahutée par les fanatismes et par l'accélération de la modernité. Identités blessées, rêves d'empire (américain ou califal), perte des racines, haine de soi et des autres, télescopage du proche et du lointain, dématérialisation du réel.
C'est aussi un constat, dressé à la lumière de ce qu'il a vécu au Quai d'Orsay pendant le début de la crise irakienne. Villepin livre sa vision de l' «engrenage» qui a conduit l'administration américaine à envoyer ses boys à Bagdad en s'affranchissant des règles du droit international, avec le succès que l'on sait. Livre de ressentiment? De règlement de comptes? En aucun cas.
Villepin a toujours cru aux crises salutaires. Il analyse la tragédie irakienne comme un piège où l'Amérique est tombée. La gravité de cette crise, qui contamine le monde entier, oblige aujourd'hui les peuples d'Occident à réviser le concept même de puissance et à ne pas se contenter de l'égoïste satisfaction de leurs désirs. Il fait écho à ceux qui, un peu partout, sonnent l'alarme et dénoncent le primat d'une logique purement économique. Certains s'étonnent de trouver sous sa plume un discours de gauche. La gauche, la droite sont pourtant des mots qui lui sont étrangers. Villepin préfère rêver autour de quelques mots fatals, qui s'énoncent ainsi: liberté, grâce, ruse, partage. Ses propos ne sont pas faits de certitudes, mais de questions.


