06 avril 2006
Baisser les bras ? Pas question !
Extrait du discours prononcé par Dominique de Villepin, ce matin, lors de sa conférence de presse mensuelle
"Quelles sont les premières leçons que je veux tirer de la crise actuelle ?
La première leçon, c’est que nous nous sommes attaqués au nœud des difficultés françaises : le chômage des jeunes.
Je l’ai dit : le cœur de l’anxiété sociale française vient du sort que nous réservons aujourd’hui aux jeunes. Tant que tout sera difficile pour beaucoup d’entre eux, tout sera difficile pour notre pays.
Les jeunes, ce n’est pas un continent à part de la société ; les jeunes, c’est une partie de nous-mêmes. La confiance dans l’avenir, la sérénité, le goût de l’engagement, nous le retrouverons avec eux, en leur donnant toute leur place dans notre société et en facilitant enfin leur insertion professionnelle.
Ce problème a été enfin ouvert, il ne pourra plus être refermé.
La deuxième leçon, c’est que j’ai voulu aller vite, c’est vrai.
Simplement parce que je veux des résultats pour les Français et surtout pour les jeunes.
Il faut renforcer les modalités du dialogue social, dans un domaine où la responsabilité de l’Etat est centrale vis-à-vis de ceux qui ont le plus de difficultés et qui n’accèdent pas à l’emploi.
Mais la méthode rejoint le fond : est-ce que les partenaires sociaux sont prêts aujourd’hui à reconnaître que la flexibilité est un moyen nécessaire pour donner un emploi à tous ? Est-ce qu’ils sont prêts à travailler avec nous à la mise en place des protections, des sécurités et des contreparties nécessaires à cette flexibilité ? Je le souhaite."
Intégralité du discours du Premier ministre
Photo François Mori / AP
Commentaires
tiens, si tu veux savoir pourquoi on s'enerve, entre autres :
"Massacre organisé à l'université, par Grégoire Bigot
LE MONDE | 06.04.06
Du mouvement actuel, il n'y a pas de quoi rire. Ce qui arrive dans nos universités était prévisible et se répétera. Les ministres ont tort d'imputer seulement à une prétendue manipulation "de gauche" les grèves et les blocus. Il n'y a ni main invisible ni complot. L'actuel gouvernement est coupable de s'étonner de l'agitation étudiante. Il est solidaire des gouvernements précédents et responsable avec eux du criminel Verdun universitaire qui, dans l'indifférence générale, dure depuis plus de vingt ans.
La pseudo "démocratisation" de l'université est en fait un massacre organisé. On promet à des bacheliers, tous les bacheliers, qu'ils peuvent s'inscrire dans la faculté de leur choix. Ces conscrits d'un genre nouveau montent au front la fleur au fusil et reviennent en "gueules cassées" pour une majorité d'entre eux. Chaque année, une nouvelle classe d'âge.
Seule la France est capable d'un tel génie pervers et finalement destructeur de l'idée même d'enseignement public. L'université, qui est le haut lieu du savoir, un de ces lieux où souffle l'esprit, devient la fabrique du ressentiment, de l'aigreur, et l'antichambre non du contrat première embauche (CPE) mais d'abord de l'ANPE.
Sous prétexte que tous nos bacheliers doivent en être, les pertes au feu sont impitoyables. L'université forme une élite dont les facultés de droit donnent l'exemple, puisque les IEP, les écoles de commerce, nous jalousent et veulent délivrer des masters mention droit, gages de réussite sur le plan de l'insertion professionnelle.
Oui, l'université émarge à l'excellence, mais à quel prix ! A la faculté de droit de Nantes, pour 3 400 étudiants inscrits, il n'y a que 150 étudiants en master 2 (bac + 5). Le taux de réussite l'année dernière était le suivant en première année : 68 % pour les titulaires d'un bac scientifique, 52 % pour les bacs littéraires, et seulement 15 % pour les bacs techniques.
La sélection est encore plus impitoyable dans les facultés de lettres, où les étudiants à bac + 4 ou bac + 5 ayant manqué le capes ou l'agrégation se trouvent sans emploi ou dans des emplois ne nécessitant pas un tel niveau d'études. Et on s'étonne que ces étudiants se rebellent les premiers, qu'il y ait mutinerie ; et on feint l'indignation lorsqu'aux sondeurs ils répondent qu'ils aspirent à la fonction publique, au statut protecteur. Les études qu'ils suivent n'ont plus aucun sens. Demain ils mépriseront le savoir qu'on leur dispense, faute pour eux de pouvoir le convertir en un épanouissement dans le travail. Alors nihilisme, alors : "Feu sur la culture !" ; c'est le sentiment qu'on éprouve à les voir bloquer nos universités.
Et que dire de la première année des études de médecine ? La sélection qui s'y opère est inutilement drastique : elle n'a pas résolu le problème du renouvellement des médecins. Les universités consacrent ainsi une grande partie de leur budget à mettre en place des cours et des examens pour des étudiants qui, en masse, sortiront sans diplômes. Eh bien, un tel système consacre la faillite de l'université. Combien de fois faut-il l'écrire pour être cru ?
La première réforme, pour tout être sensé, serait d'instaurer une sélection à l'entrée de l'université. Cette sélection existe déjà de façon différée : un master 2 dans une faculté de droit ne peut accueillir qu'une trentaine d'étudiants pour 100 à 400 demandes d'inscription. Pourquoi les étudiants qui acceptent sans rechigner une sélection à bac + 5 n'accepteraient-ils pas une sélection orientation dès la première année ? Une sélection par souci d'humanité. Une sélection pour rappeler que les étudiants ne sont pas là pour justifier le service public, mais que le service public n'est justifié que s'il est là pour eux. Une sélection qui croiserait les critères (dossiers, examens après quelques mois, entretiens individualisés). Elle permettrait de proposer à l'étudiant une orientation conforme à son profil.
Une seconde réforme serait de doter les universités de moyens décents : un étudiant "coûte" 6 600 euros environ, là où un élève de classe préparatoire en "coûte" 15 000. Les petits cochons de la maison d'en face - je veux parler de l'enseignement supérieur privé - se frottent les mains de notre interminable agonie, que les actuelles manifestations accélèrent un peu plus. Avec la complicité des gouvernements de notre République, c'est l'enseignement supérieur public qui est sacrifié au profit des établissements, privés où les critères de sélection font offense au principe d'égalité des chances.
Y a-t-il un pilote dans l'avion ? En grève depuis trois semaines du fait de nos étudiants, nous ne voyons rien venir. Ni recteur - cette sorte de préfet d'Empire pour l'éducation : il a pour titre "chancelier des universités" -, ni secrétaire d'Etat, ni ministre. Rien. Rien : c'est la politique des gouvernements. Rien : c'est ce à quoi ils veulent réduire l'université.
Grégoire Bigot, universitaire, est doyen de la faculté de droit de Nantes"
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