26 décembre 2005
Sarko : nouveau round médiatique
Comme vous tous, j'ai lu la fameuse interview de Nicolas Sarkozy dans Libération, mais si je reviens sur cet épisode médiatique un peu tard, c'est que ces derniers jours, la préparation des agapes de Noël ont mobilisé tout mon temps et mon énergie.
J'ai lu aussi un nombre impressionnant de commentaires et de réactions à cet article et si certains ont affiché leur indignation face aux commentaires de Sarkozy, ou face à l'attitude des journalistes de Libé, je dois avouer que tout ce "cirque" m'a beaucoup amusée.
Sans vouloir apporter mon soutien à Libé, dont je ne partage pas les opinions, je dois reconnaître que d'un point de vue journalistique le coup est plutôt réussi.
J'ai lu ici et là que les journalistes n'avaient pas été "pro" et qu'ils avaient fait preuve d'un manque total d'objectivité. Il faut être bien naïf pour encore croire que la presse d'opinion s'attache à l'objectivité !
J'ai relu avec attention les questions des journalistes, elles n'étaient pas complaisantes certes mais cela fait partie des règles du jeu. A quoi s'attendait Nicolas Sarkozy en rencontrant des gens de Libé, farouchement opposés à ses idées et à son discours ?
J'ai même lu que le ministre de l'Intérieur était presque tombé dans une embuscade médiatique. Là je me marre encore...
Un rendez vous avec un quotidien de l'opposition a sûrement du être préparé par le service presse de Sarkozy. Son staff a du vouloir connaître le sujet de l'interview et une bonne partie des questions qui lui seront posées. Le ministre savait parfaitement qu'il serait sur un terrain miné.
Tout le monde dans cette affaire a joué sa partition, les journalistes voulant prouver la "droitisation" à outrance du discours de Sarkozy et ce dernier réaffirmant ses idées avec le franc parler qui est aujourd'hui sa marque de fabrique.
Seulement voilà, les journalistes ont été cette fois plus fort que Sarko, le repoussant dans ses derniers retranchements et l'obligeant à transformer ce franc parler en perte de contrôle et en attaques directes contre eux et leurs idées. Ils ont réussi à montrer que le ministre n'accepte que moyennement la critique et qu'il peut facilement pêter les plombs et perdre toute contenance dans ses propos.
Pas vraiment idéal comme attitude pour un homme qui sera peut être "un éventuel futur" candidat à la présidentielle !
C'est là que Nicolas Sarkozy a perdu ce round médiatique. S'il avait su rester au dessus de la mélée et dans la stricte argumentation de ses opinions, il serait sorti indemne de cette confrontation.
Pour Libération, c'est clair, Nicolas Sarkozy est la cible, l'homme à abattre. En l'absence d'un programme et d'une cohésion de la gauche, le journal ne lâchera pas le ministre de l'Intérieur et tous les coups seront permis pour le diaboliser.
Sarkozy a péché par orgueil en flirtant depuis des mois avec la presse, en l'invitant dans sa vie politique et privée et en faisant voler en éclat la barrière qui permet de dire à un moment donné "stop, on n'entre pas" !
Certains vont lui faire payer cher son "interventionnisme" pour empêcher la publication de certains ecrits après que ce dernier les ait conviés à tous les évènements de sa vie.
Nicolas Sarkozy est trop vite entré en campagne, sans être officiellement candidat, cherchant à occuper la scène politique et médiatique d'une façon fébrile et presque boulimique en ne prenant pas toujours le recul nécessaire au nom de "la franchise et de la vérité".
A jouer au lièvre dans cette course à la présidentielle, il grille une à une ses cartouches médiatiques bien plus vite que ses adversaires et il permet à la presse qui lui est opposée de mettre déjà sur pied une vraie stratégie pour le démollir dans l'opinion publique.
Trop de Sarko tuera t-il Sarkozy ?
