07 octobre 2005
Ils ont jugé...
L’intervention de Dominique de Villepin sur France 2, hier soir, alimentait un bon nombre de conversations ce matin et c’est autour d’un café que nous avons commenté sa prestation.
J’avoue être la seule parmi mes camarades de bureau à soutenir ouvertement l’action du gouvernement et les commentaires des uns et des autres ne manquaient pas d’intérêt.
Tout le monde a salué son sens du « verbe », la clarté de ses propos, sa personnalité et son aisance face aux caméras. A ce sujet, je dois souligne , que je l’ai trouvé moins à l’aise que lors de son passage à RMC chez Boudin, surtout en début d’émission. Je l’ai senti un peu fébrile, mais l’enjeu hier soir était de taille. En pleine semaine de crise sociale, il n’était sûrement pas évident d’arriver sur un plateau pour plus de 2 heures de direct face à des millions de français attendant d’être convaincu par son discours.
Parmi toute les critiques formulées par mes collègues, certains points m’ont interpellée.
J’ai eu le sentiment que la vision et les actions du Premier ministre avaient quelque chose de déroutant et d’un peu « contre nature » pour un homme de droite pour ces personnes d’une sensibilité de gauche.
Pour reprendre les vieux clichés tenaces, chez eux la droite c’est libéralisme, patronat, mondialisation et la droite se doit d’ignorer la signification du mot social.
Ce qui semble les gêner dans le discours de Dominique de Villepin c’est bien l’emploi du mot social et la priorité qu’il s’est fixé par rapport à cette croissance dite « sociale ». Gêne accentuée lorsque la comparaison a été faite avec DSK qu’on lui a demandé où il se situait aujourd’hui.
Mes collègues ont du mal à se faire à l’idée qu’un homme de droite prône une politique où le volet social est très important, où le respect du modèle français est une ligne de conduite. Selon eux, il vient carrément marcher sur les plates bandes de la gauche au moment où celle ci n’a plus rien à dire ou à proposer alors que ses sympathisants attendent des réponses concrètes.
Mais ce qu’il y a de plus surprenant dans toutes les remarques que j’ai entendues, c’est presque le reproche qu’ils font au Premier ministre d’appeler autour de lui à un rassemblement de tous les français et de toutes tendances confondues et comble du paradoxe, ils sont presque convaincus que ce dernier a la capacité de fédérer ce rassemblement, s’il réussit à mener à bien sa mission. Les phrases prononcées par Dominque de Villepin pour éviter « la guerre des deux France », son attachement au modèle français, son refus d’une rupture brutale, son envie de réunir « public, privé », les « jeunes, les séniors », tout ça commence à interpeller les consciences au delà des rives de la droite traditionnelle. Bien sûr le chemin est encore long avant une adhésion totale de tous les français, mais il y a un petit mouvement qui se met en marche, même si les intéressés refusent encore de l’avouer.
Certains sont allés encore plus loin en lui reconnaissant un discours aux accents républicains, plus entendu depuis très longtemps (j’ai noté que personne n’a osé parler d’accents Gaullistes).
Si l’homme commence à susciter une réelle admiration, il n’en reste pas moins que mes collègues se sont interrogés sur sa capacité à remettre le France sur ses « deux jambes » avançant que ses marges de manœuvre étaient très minces, que le temps risquait de lui manquer et que l’opposition à son action viendrait plus vivement d’une partie de son camp que de l’opposition dont ils ne semblent plus rien attendre pour l’instant.
Ils ont eux mêmes reconnu que l’intervention de François Hollande avait été bien piètre et bafouillante face à un Dominique de Villepin très à l’aise et champion de la réplique incisive et directe.
Enfin, la dernière critique formulée fut celle de sa sincérité quand il dit qu’il est animé d’un véritable intérêt général et que son ambition est d’abord celle de servir son pays.
Le temps m’a manqué pour continuer cette conversation et j’ai eu envie de laisser une porte ouverte pour reprendre ce débat un jour et pour les aider à comprendre un peu mieux les convictions de cet homme, je leur ai juste conseillé de consacrer un week end à la lecture de son essai « Le cri de la gargouille ».
Photo AFP Thomas Coex

