30 septembre 2005
SNCM : les propositions du gouvernement face à l'intimidation corse
On peut se demander aujourd'hui quelle sera l'issue de ce bras de fer entre les syndicalistes de la SNCM et le gouvernement dans le dossier de la reprise de la compagnie maritime surtout que le conflit gagne d'heure en heure l'ensemble de la Corse : attentat contre la Préfecture d'Ajaccio, blocage des dépôts de carburant, traffic maritime et aérien interrompu entre la Corse et le continent, intensification des manifestations de soutien aux marins détenus et près de 4 000 touristes "coincés" sur l'île.
Une situation explosive et face à laquelle on peut se demander si le conflit à la SNCM n'est pas en train de servir une récupération politique de la part des nationalistes, comme pouvait le laisser entendre le préfet, Pierre-René Lemas.
Hier soir la CGT a refusé le plan de reprise proposé par le gouvernement en quittant la table des négociations et en refusant de rencontrer les deux PDG de Butler Capital Partners (BCP) et la Connex, filiale transport de Veolia Environnement et en accusant au passage le gouvernement d'avoir "une démarche intellectuelle malhonnête".
Les Pdg ont rencontré hier Dominique Perben ainsi que des élus de la région PACA et de la Corse. Au terme de cette réunion, Stéphane Richard, PDG de la Connex a annoncé 400 suppressions de postes "Sur la mise en oeuvre du plan social, nous prenons l'engagement très ferme qu'il se fera sans licenciement sec, sans drame et que personne ne sera laissé sur le côté", a-t-il dit lors d'un point de presse. "Veolia emploie 10.000 personnes dans la région Paca. Cela ouvre des possibilités de reclassement à l'intérieur du groupe pour les salariés de la SNCM".
Concernant la participation de l'Etat (25%), Stéphane Richard a indiqué qu'il n'y aurait "pas de limite de durée dans l'actionnariat de l'Etat. "L'Etat est un partenaire à nos côtés, qui partage la même philosophie d'entreprise que nous", a-t-il dit.
Par ailleurs Dominique de Villepin a précisé que "gouvernement ne ménageait ni sa peine ni ses initiatives pour sauver la SNCM, au bord du dépôt de bilan. Mais qu'il ne pouvait pas aller plus loin que le montage annoncé jeudi".
Il a rappelé "les contraintes juridiques imposées à la France par la Commission européenne, à laquelle le ministre de l'Economie, Thierry Breton, doit présenter aujourd'hui le plan de sauvetage de la SNCM".
D'autre part, le Premier ministre s'est dit très inquiet de la montée de la violence en Corse après l'annonce de la privatisation de la SNCM. Il a fermement condamné l'attentat à la roquette contre la préfecture et a déclaré avoir "demandé au ministre de l'Intérieur de faire en sorte que les responsables puissent être retrouvés, interpellés et livrés à la justice".
"On ne peut pas impunément multiplier les grèves et les blocages sans que cela ait des conséquences sur nos concitoyens qui habitent la Corse, a-t-il souligné.
Ce matin à l'occasion d'un point presse, Dominque de Villepin a rappelé aux syndicalistes de la SNCM leur devoir de "responsabilité" face au blocage de l'île et il a rappelé son objectif de "faire respecter l'ordre public" en Corse.
Dominique de Villepin croit aux résultats de son gouvernement
Durant sa conférence de presse mensuelle, le Premier ministre a réaffirmé une fois encore le volontarisme et le pragmatisme de son équipe pour faire face aux nombreux problèmes de notre pays. Un gouvernement "tout à sa tâche" et déterminé à "changer les choses" en France sans céder à "la tentation du tout ou rien".
Entouré de six ministres, Dominique de Villepin a dit vouloir "trouver ce point d'équilibre entre l'exigence économique (...) et en même temps l'audace, l'ambition, la vision d'avenir pour la France".
"Avançons avec le double souci de la volonté et de la solidarité", a-t-il déclaré.
"Je n'oublie jamais la leçon du 21 avril, du 29 mai. Nous avons un devoir démocratique, nous avons un devoir de résultat, nous avons le devoir de montrer que l'action gouvernementale peut changer les choses", a-t-il insisté.
"C'est à ce prix que les grandes élections de 2007 se dérouleront dans de bonnes conditions, c'est-à-dire pas de la surenchère, pas un catalyseur d'énergies négatives ou de frustrations mais bien un véritable débat démocratique sur un projet d'avenir", a-t-il lancé en forme d'avertissement à sa majorité.
"Il s'agit là, dans cette période de 19 mois qui nous séparent des échéances, tout entiers à notre tâche, de montrer que la politique peut changer les choses, de montrer qu'un gouvernement rassemblé peut changer les choses, c'est la seule préoccupation de ce gouvernement", a-t-il insisté.
A ceux qui pourraient spéculer sur un éventuel découragement du gouvernement face à une rentrée sociale peu réjouissante, Dominique de Villepin répond qu' "il demande à être jugé aux résultats. Il y a des débats difficiles, un gouvernement qui se coltine avec les difficultés, avec les sujets difficiles pour apporter des solutions (...) Nous prenons à bras-le-corps les problèmes d'aujourd'hui".
"Je ne me résous pas à l'impuissance publique, je ne me résous pas à une quelconque fatalité, je ne baisse pas les bras, je me bats et je constate que nous marquons des points et obtenons des résultats", il a aussi ajouté qu'il ne se battait pas à "court terme"; une petite phrase que certains ne manqueront pas d'interpréter et de commenter avec force spéculation.
"Ce gouvernement a une politique volontaire parce que nous voulons défendre l'emploi, préserver l'avenir", a-t-il martelé, soulignant que le "patriotisme économique" dont il s'est fait le porte-parole était "une notion offensive, moderne" et non "une notion du passé".
Source Reuters
Photo Remy de la Mauvinière

