19 juillet 2005
le chevalier flamboyant du chef de l'Etat
Les echos.fr
Le nouveau Premier ministre a fait preuve depuis dix ans d'une loyauté indéfectible au président de la République.
Changement de style à Matignon. Jean-Pierre Raffarin, méritante incarnation de la « France d'en bas », laisse sa place à un pur produit des hautes sphères. Aristocrate, énarque, diplomate, poète et écrivain, familier des palais de la planète : Dominique Galouzeau de Villepin cumule toutes les marques de ce que le sociologue Pierre Bourdieu eût appelé « la distinction ». Sa silhouette altière, son panache et son regard conquérant semblent d'eux-mêmes le prédestiner à des fonctions prestigieuses.
« Il a de l'énergie, de l'allure. Il plaît aux femmes », admire Xavier Darcos, ministre délégué à la Coopération du gouvernement sortant. Quant il le veut, l'homme sait à merveille séduire et convaincre. Les Français n'ont pas oublié ce jour de février 2003 où, alors ministre des Affaires étrangères, il se fit applaudir en mouchant de son éloquence à la tribune de l'ONU les va-t-en guerre américains impatients d'en découdre en Irak.
Vision magnifiée de la nation
Cette autorité individuelle se double d'un sens aigu de la destinée collective. L'admirateur de Napoléon et du général de Gaulle cultive une vision magnifiée de la nation. Son histoire personnelle n'est pas étrangère à cette idéalisation. La France, il ne l'a pas découverte dans la banalité du quotidien, mais par ses lectures de jeunesse et ses séjours estivaux sur les terres familiales. Après sa naissance au Maroc en novembre 1953, il a en effet passé le plus clair de son enfance à l'étranger, en particulier au Venezuela, où son père, Xavier, futur sénateur, s'était expatrié pour le compte de Saint-Gobain.
Le petit-fils et arrière-petit-fils de militaires, qui adhéra au RPR dès 1977, cultive une autre vertu : la fidélité. « Je n'ai pas l'habitude de me dérober aux missions que me confie le président de la République. Je le connais depuis plus de vingt-cinq ans. J'ai toujours dit oui », déclarait-il en début d'année sur France 2. Une affirmation étayée par une décennie de connivence. Depuis ce jour de 1995 où le diplomate intégra l'Elysée en tant que secrétaire général, après des affectations aux Etats-Unis et en Inde, puis deux ans au Quai d'Orsay auprès d'Alain Juppé. « Il est un des seuls à avoir été constamment proche de Jacques Chirac depuis cette époque. Il l'a souvent secoué, mais il lui est toujours resté loyal », observe son cousin Frédéric de Saint-Sernin, secrétaire d'Etat à l'Aménagement du territoire dans l'équipe Raffarin.
Stratégie d'« humanisation »
L'incontrôlable éminence grise est restée dans les mémoires comme l'inspirateur de la dissolution manquée de 1997. Mais c'est lui, aussi, qui aura favorisé les retrouvailles entre Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, et mijoté la stratégie gagnante de 2002. Depuis lors, les fonctions ministérielles exercées aux Affaires étrangères puis à l'Intérieur ont permis à cet homme d'influence et d'autorité, réputé amateur de dossiers secrets, d'étoffer ses réseaux.
Son égocentrique personnalité vaut néanmoins à l'intéressé plus d'une inimitié. Chez cet esthète, amateur d'arts premiers et de peinture moderne, le sentiment de sa propre valeur confine vite à la morgue. Voire au mépris brutal, dont pourraient témoigner ceux qui ont été un jour traités de « nul » ou de « connard ». Le haut fonctionnaire devenu ministre sans jamais avoir tâté du suffrage universel a longtemps affiché son dédain pour les jeux des urnes et les élus de terrain. Avant de se livrer, il est vrai, à une récente repentance qui, entre dîners avec les parlementaires UMP et interviews à des magazines grand public, paraît s'inscrire dans une stratégie délibérée d'« humanisation » de son image. Objectif : rassurer ceux, nombreux, qu'inquiète encore son impérieuse exaltation.
Jean François POLO
Photo Patrick Kovarik AFP
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