18 juillet 2005
Dominique de Villepin en appelle "à une mémoire vivante et active" au Vel d'Hiv
Le Premier ministre Dominique de Villepin a appelé dimanche, lors de la commémoration de la rafle du Vel d'Hiv à Paris, à une "mémoire vivante et active" pour combattre "toutes les haines" et le terrorisme. AP
"Nous devons apprendre avec elle à éviter les pièges du fanatisme qui, malgré les leçons du passé, ne désarme jamais tout à fait", a-t-il déclaré devant plusieurs centaines de personnes qui participaient à la commémoration officielle du 63e anniversaire de la rafle du Vel d'Hiv des 16 et 17 juillet 1942. Près de 13.000 Parisiens furent raflés par le gouvernement de Vichy avant d'être envoyés vers les camps de la mort, parce qu'ils étaient juifs.
"Contre la haine, contre toutes les haines, contre le terrorisme qui ensanglante nos capitales et fait peser une menace sur tous les peuples, affirmons nos principes et le respect de l'Etat de droit", a-t-il affirmé. "La plus grande fermeté, oui. La plus grande vigilance, oui. La coopération la plus étroite entre tous les Etats, oui".
Le Premier ministre a assuré qu'"à force de volonté et de justice, nous gagnerons ce combat". "Ne donnons pas aux terroristes la satisfaction de semer la peur et le doute dans nos esprits".
Auparavant, le chef du gouvernement a rendu hommage aux victimes de cette rafle en lisant, des sanglots dans la voix, la lettre de "Marc Moïse, 11 ans". "Des lettres de tous âges, de toutes conditions (...) ces mots lancés à l'aventure pour être lus, pour rassurer des proches, des parents (...) je souhaite que nous en gardions à jamais au fond de nous la détresse infinie et l'espoir fou".
"Contre toutes les formes d'antisémitisme, de racisme ou de xénophobie, qui sont autant d'atteinte à la dignité de chaque homme, luttons sans relâche", a souligné M. De Villepin. "Dans ce domaine, toute attaque physique ou verbale, toute atteinte, toute négation est inacceptable".
Et de lancer: "Mon gouvernement les combattra avec la plus grande sévérité".
En présence du maire de Paris Bertrand Delanoë, de la présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah Simone Veil, du grand rabbin de France Joseph Sitruk, le président du Conseil représentatif des institutions juives (CRIF) Roger Cuckierman s'est interrogé sur ce qu'"il faut faire pour que la tolérance devienne un comportement naturel entre les hommes comme entre les nations". "Le spectacle de violence que nous offre le début de ce troisième millénaire montre que l'homme ne s'améliore pas".
Les 16 et 17 juillet 1942, 12.884 juifs ont été raflés en région parisienne par les forces de police françaises sur instruction du gouvernement de Vichy. Avant d'être transférés dans les camps de Drancy, Pithiviers, Compiègne ou Beaune-la-Rolande, antichambres des camps d'extermination nazis, 8.160 d'entre eux (dont 4.115 enfants, 2.916 femmes et 1.129 hommes) ont été parqués dans des conditions insalubres au Vélodrome d'Hiver aujourd'hui disparu, et remplacé par un monument commémoratif.
Cette cérémonie coïncide avec la Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites et d'hommage aux "justes" de France.
AP
Crédit photo Jacques Brinon AP
Chirac et Villepin en légère hausse
La cote de popularité de Jacques Chirac se redresse en juillet de 4 points par rapport à juin, à 32% de satisfaits, tandis que celle de Dominique de Villepin gagne 5 points, à 49%, selon le baromètre mensuel Ifop pour Le Journal du Dimanche (JDD). AFP
Le chef de l'Etat, qui était descendu à 28% le mois dernier dans ce baromètre, repasse la barre des 30% de personnes satisfaites pour se situer à 32%. A l'inverse, 66% des Français se disent mécontents de Jacques Chirac contre 70% en juin (-4). 2% ne se prononcent pas.
Le Premier ministre gagne 5 points à 49% au lieu de 44% dans le précédent sondage. 35% des personnes interrogées se disent mécontentes de son action (-6). 16% (+1) ne se prononcent pas.
Ce sondage, effectué du 7 au 15 juillet, prend en compte l'interview télévisée du 14 juillet. Il a été réalisé par téléphone auprès d'un échantillon de 1.833 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus et constitué selon la méthode des quotas.
Par ailleurs, l'Ifop a interrogé les Français sur l'intervention de Jacques Chirac le 14 juillet en les invitant à choisir parmi différents qualificatifs. 59% d'entre eux ont cité en premier qu'il a été "clair dans ses explications", 51% qu'il "a trouvé le ton juste". Jacques Chirac est apparu ensuite, dans l'ordre, "rassurant" (43%), "à l'écoute des Français" (42%), "crédible" (38%), "convaincant" (38%).
Cette seconde étude, également publiée dimanche dans le JDD, a été réalisée le 15 juillet par téléphone auprès d'un échantillon de 468 personnes déclarant avoir vu en totalité ou en partie l'intervention de Jacques Chirac ou en avoir entendu parler, constitué à partir d'un échantillon représentatif de 958 personnes majeures (méthode des quotas).
AFP
Credit photo Jacques Brinon AP
Debré s'interroge sur les intentions de Sarkozy
Jean Louis Debré, président de l'Assemblée nationale, invité sur Europe 1 s'est interrogé sur les motivations de Nicolas Sarkozy après les propos qu'il a tenu le 14 juillet à son ministère.
"Je n'arrive pas à comprendre. Que veut le ministre de l'Intérieur ? Veut il sortir du gouvernement et apparaître comme une victime ? Peut être. Veut il montrer son indignation de ne pas avoir été désigné comme Premier ministre, veut il empêcher la réussite du gouvernement pour mieux préparer sa carrière ? Peut être".
Les petites phrases assassines à répétition du ministre de l'Interieur à l'attention du chef de l'état semble agacer Monsieur Debré qui toutefois a souligné qu'au milieu de toute cette cacophonie il était "rassuré par le calme et la sérénité du président de la République et du Premier ministre".
"Lorsqu'on affronte une tempête, naturellement on se tourne vers celles et ceux qui sont tranquilles" a t il ajouté.
Pour lui, le Premier ministre sait éviter sereinement le provocation et a su "prendre la mesure de sa fonction face à la politisation de certains".
Jean Louis Debré a également ajouté que l'attitude de Nicolas Sarkozy "a des conséquences institutionnelles et politiques en tentant de ruiner l'action du gouvernement auquel il appartient".
Les intentions de Nicolas Sarkozy sont connues de tous, mais on peut s'interroger sur sa perennité au sein du gouvernement et des réactions de l'UMP face à son attitude.
Diane
Biographie
Dominique, Marie, François, René Galouzeau de Villepin, dit Dominique de Villepin, né le 14 novembre 1953 à Rabat (Maroc), est un écrivain, diplomate et homme politique.
Enfance et Famille
Né au Maroc, alors encore sous protectorat français, il est le fils de Xavier de Villepin, sénateur centriste puis UMP, et de Yvonne Hétier, et passe la majeure partie de sa jeunesse à l'étranger : Afrique, Etats-Unis, Amérique Latine et spécialement le Vénézuéla.
En Mai 69, à l'âge de quinze ans, il est le seul gréviste de son école à Caracas Il rentre ensuite en France, et poursuit ses études à Toulouse.
Il entre ensuite à l'Institu d'Etudes Politiques, puis à l'Ecole Nationale dAdministration dans la promotion Voltaire. Il adhère en 1977 au RPR.
Il effectue son service militaire dans la Marine comme officier sur le porte-avions Clémenceau, avant d'occuper son premier poste au ministère des Affaires étrangères.
Marié à Marie-Laure Le Guay, issue d'un milieu aisé, et père de trois enfants, ce passionné de sport, d'histoire et de littérature est aussi un écrivain qui a publié outre un ouvrage sur l'épopée napoléonienne, plusieurs essais, et deux recueils de poèmes en 1986 et 1988. Dans ceux-ci il décrit, au fil de pages en l'honneur des grands poètes, son enfance hors de France. Il dédie d'autres pages à sa mère, et aussi à son frère dont la disparition prématurée semble l'avoir durablement affecté.
Cursus diplomatique
À sa sortie de l'ENA, il entame en 1980 sa carrière de diplomate en tant que secrétaire des Affaires étrangères. De 1984 à 1992, il est successivement premier secrétaire de l'ambassade de France aux Etats Unis, directeur du service de presse de cette même ambassade, premier conseiller de l'ambassade de France en Inde.
Cursus politique
En 1993, il est nommé directeur de cabinet d'Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères du gouvernement d'Edouard balladur. Jacques Chirac, élu Président de la République, le nomme en mai 1995 secrétaire général de l'Elysée. En 1997, il est l'un des principaux instigateurs de la dissolution de l'Assemnlée Nationale décidée par le président et les militants du RPR lui en tiennent rigueur après la défaite. Le président refuse cependant sa démission.
En 2002, Jacques Chirac, réélu, le nomme ministre des Affaires étrangères. Imposant un style parfois qualifié, dans les portraits de la presse, d'aristocrate et poète, il est la personnification de l'opposition du président à la guerre en Irak voulue par les États-Unis. Il prononce au Conseil de Sécurité des nations Unies un discours http://www.consulfrance-munich.de/Villepin1903.htm qui lui vaut d'être applaudi, chose rare en cette enceinte.
Il rassemble tous les partis de Côte d'Ivoire en janvier 2003, et réussit à leur faire signer les Accords Kléber, afin de trouver une solution pacifique à la guerre civile de Côte d'Ivoire; l'accord peine cependant à s'appliquer.
Lorsque Nicolas Sarkozy quitte le ministère de l'Intérieur en 2004, Jacques Chirac nomme Dominique de Villepin à ce poste. Il est nommé Premier ministre le 31mai 2005, en remplacement de Jean Pierre Raffarin. Présenté par les commentateurs comme le rival de Nicolas Sarkozy, tant par le caractère que par le positionnement politique, ce dernier devient cependant son ministre de l'Intérieur, restant président de l'UMP. Ainsi, à Jean-Pierre Raffarin, élu de terrain depuis de nombreuses années, succède Dominique de Villepin, issu de la diplomatie française, n'ayant jamais participé à une élection.
Ordonnances : mesures du plan pour l'emploi
Nouvelobs.com
Voici les principales mesures du plan d'urgence pour l'emploi contenues dans le projet de loi habilitant le gouvernement à légiférer par ordonnances, adopté définitivement mardi 12 juillet par le Parlement.
- Création du contrat "nouvelle embauche" dans les entreprises employant jusqu'à 20 salariés, à durée indéterminée mais comprenant une "période d'embauche" de deux ans.
Durant cette période, ce contrat pourra être rompu selon une procédure simplifiée, moyennant le respect d'un délai de préavis et le versement d'une indemnité, dont la durée et le montant seront fonction de l'ancienneté.
Les salariés victimes d'une rupture de contrat pourront percevoir un "revenu de remplacement adapté à leur situation", et bénéficier d'un "accompagnement renforcé et personnalisé en vue de leur retour à l'emploi".
- Dans les entreprises de moins de 20 salariés, allègement des obligations financières liées au franchissement du seuil des 10 salariés: contribution des employeurs au financement de la formation professionnelle continue, au Fonds national d'aide au logement...
Les pertes de recettes correspondantes seront compensées par l'Etat.
- Aménagement des règles de décompte des effectifs de l'entreprise pour différer la prise en compte des nouveaux salariés âgés de moins de 26 ans jusqu'à leur 26ème anniversaire.
- Pour les jeunes qui quittent le système scolaire sans diplôme ni qualification, adaptation en métropole d'un dispositif d'insertion professionnelle inspiré du service militaire adapté (SMA) en vigueur outre-mer.
- Institution d'un chèque emploi pour les très petites entreprises, dont le nombre d'employés maximum n'a pas encore été arrêté.
- Suppression du principe des limites d'âge pour les recrutements dans la fonction publique.
- Création d'un mode de recrutement destiné aux jeunes de 16 à 25 ans sans diplôme: il permet de bénéficier d'une formation en alternance rémunérée et d'intégrer la fonction publique à l'issue d'un examen professionnel.
- Allocation d'une prime de 1.000 EUR aux chômeurs de longue durée bénéficiaires des minima sociaux qui reprennent un emploi stable.
- Allocation d'un crédit d'impôt de 1.000 EUR aux jeunes de moins de 26 ans qui prennent un emploi dans un secteur connaissant des difficultés de recrutement.
Discours de polititique générale
Retrouvez dans son intégralité le discours de politique générale prononcé par Dominique de Villepin le 8 juin dernier à l'Assemblée Nationale.
Dominique de Villepin nommé Premier ministre
Jacques Chirac a tranché : c'est Dominique de Villepin qui remplace Jean-Pierre Raffarin à Matignon.
Lexpansion.com
Dominique de Villepin a été nommé mardi Premier ministre par le président Jacques Chirac, en remplacement de Jean-Pierre Raffarin. La formation du gouvernement n'était pas attendue avant mercredi. Selon des sources concordantes, le président de l'UMP Nicolas Sarkozy serait nommé ministre de l'Intérieur, ministre d'Etat et numéro deux du gouvernement Villepin, tout en restant à la tête du parti majoritaire. Dominique de Villepin, arrivé à l'Elysée vers 11h40, quelques minutes après le départ de Jean-Pierre Raffarin, s'entretenait avec le chef de l'Etat à la mi-journée. Un peu plus tôt, l'Elysée avait annoncé que Jean-Pierre Raffarin avait présenté la démission de son gouvernement à M. Chirac qui l'avait acceptée.
Jacques Chirac, qui avait gardé M. Raffarin à Matignon en dépit des sévères défaites de la droite en 2004 aux élections régionales et européennes, a dû se résoudre à changer de Premier ministre après la lourde défaite dimanche du oui au référendum sur le traité constitutionnel européen. M. Chirac, prenant acte du mécontentement exprimé par les Français contre la politique économique et sociale du gouvernement, a promis de donner "une nouvelle impulsion" à son action. Le chef de l'Etat devait s'exprimer mardi soir à la télévision pour expliquer ses choix.
S'exprimant brièvement depuis l'hôtel Matignon, le Premier ministre démissionnaire a déclaré qu'il "soutiendra de toute son expérience" son successeur à Matignon et qu'il revenait "au coeur de la société française" pour "poursuivre autrement le service de notre pays". Dominique de Villepin, 51 ans, chiraquien du premier cercle nommé lundi Premier ministre, est longtemps resté dans l'ombre de président de la République avant d'émerger au grand jour en 2002, à la faveur de la réélection de Jacques Chirac qui le nomme alors au Quai d'Orsay. Il restera comme celui qui, en mars 2003, en pleine crise irakienne, avait défendu avec passion devant l'ONU les choix de la France.Il avait été nommé en mars 2004 ministre de l'Intérieur où il a dû assurer la difficile succession de Nicolas Sarkozy. Le président de l'UMP et la ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie étaient les deux autres prétendants à Matignon dont les noms étaient le plus souvent cités.
Lexpansion.com
Crédit photo AP Jérôme Delay
Villepin dans tous ses éclats
Hervé Algalarrondo Le Quotidien
«Le quotidien l’assomme, la médiocrité le déprime...» C’est un pari risqué qu’a fait Jacques Chirac en nommant à Matignon un homme aussi imprévisible et controversé que Dominique de Villepin. Hervé Algalarrondo nous retrace toutes les facettesde cet enfant de la France d’en haut qui rêve de laisser sa marque dans l’histoire.
Un personnage excessif qui suscite des jugements excessifs: le nouveau Premier ministre est porté aux nues par ses amis et méchamment brocardé par ses ennemis, à vrai dire nettement plus nombreux. Villepin, on adore ou on déteste. Son intelligence, son panache, sa culture très étendue sont mis en exergue par ses supporters, souvent à la limite de la pamoison. Sa fébrilité, son verbiage, le mépris de fer qu’il affiche pour la plupart de ses interlocuteurs sont dénoncés par ses contempteurs, qui déplorent "des postures qui relèvent de l’imposture".
Curieusement, ces jugements ne recouvrent pas la coupure droite-gauche. Difficile de trouver plus cruel pour Dominique de Villepin, 51 ans, que Bernadette Chirac: en hommage à ses talents de pompier-pyromane, elle l’a surnommé dès 1995 Néron. A gauche à l’inverse, parmi ceux qui l’ont approché, ils sont nombreux à penser, comme Olivier Schrameck, ex-directeur de cabinet de Lionel Jospin, que Villepin «n’a rien de commun». Revue de détail des emballements et des détestations d’un chef de gouvernement qui est la complexité faite homme.
Chirac ou le «happening permanent»
C’était en 2002, peu de temps avant l’élection présidentielle. Villepin et sa femme assistent à une projection privée en compagnie de quelques excellences socialistes parmi lesquelles Bernard Kouchner. Propos tenus à l’apéritif par celui qui est encore secrétaire général de l’Elysée: «Je ne comprends pas pourquoi vous votez tous Jospin. Il est droit, prévisible, ennuyeux. Tandis que Chirac, on ne sait jamais ce qu’il va faire. C’est le happening permanent. C’est pour ça que je le soutiens!»
Tous ses amis sont frappés par la liberté de ton du nouveau Premier ministre à l’égard du président de la République. «Au fond, il a très peu d’estime pour lui», confie l’un d’eux. Le très gaullien Dominique de Villepin s’irriterait souvent des atermoiements du très «rad-soc» Jacques Chirac. Un autre proche assure l’avoir entendu lancer, il est vrai en plaisantant, à Edwy Plenel, du temps où celui-ci fonctionnait en tandem avec Jean-Marie Colombani à la tête du «Monde»: «On a tous les deux un con au-dessus de nous»…
Ces propos «mondains» n’expriment qu’une part des sentiments de Villepin sur Chirac. S’il a déclaré un jour à une journaliste du «Figaro» «gérer le cerveau» du président, il s’avoue en même temps épaté par la bête physique, increvable. L’ambivalence de son regard sur le président a toutefois modelé leurs rapports depuis 1995. Villepin revendique n’avoir jamais été un conseiller ordinaire, un béni-oui-oui, s’être à de nombreuses reprises opposé à Chirac, en particulier à propos de Nicolas Sarkozy (voir plus loin), et même avoir souvent réussi à imposer ses propres vues, y compris sur l’Irak.
Un proche de Villepin justifiait ainsi, il y a quelques semaines, l’OPA lancée sur Matignon: «Il cherche à forcer la main du président. Leurs relations sont ainsi faites que Dominique est convaincu qu’il n’obtiendra rien sans ruer dans les brancards.» Naturellement, si Chirac a fini par «obtempérer», c’est parce que Villepin sait aussi revêtir les habits du flatteur. Le même député assure que la botte secrète du nouveau Premier ministre réside dans son art de se montrer «insolemment courtisan» avec le président. Ses vieux amis ne se souviennent pas, par exemple, qu’il ait été sensible aux arts premiers avant de travailler avec Chirac, dont c’est un des dadas...
Nul doute cependant que Villepin sera un Premier ministre infiniment moins docile que Raffarin. Pour décrocher Matignon, il s’est coulé dans le moule chiraquien en proclamant son aversion pour le libéralisme et sa foi dans le «modèle social français». Mais les yeux déjà rivés sur l’élection présidentielle de 2007, et convaincu d’avoir une obligation de résultats rapides, il n’hésitera pas à bousculer les certitudes présidentielles si nécessaire. Le «happening permanent», à vrai dire, c’est assez peu Chirac: beaucoup plus Villepin!
Sarkozy: le «talent»du «nabot»
Ils ont tous les deux le tutoiement facile, mais ils se vouvoient: les rapports entre le nouveau Premier ministre et son inattendu ministre de l’Intérieur restent marqués par l’asymétrie de leur position quand ils se sont connus: Sarkozy était déjà ministre du Budget, alors que Villepin n’était «que» directeur de cabinet d’Alain Juppé au Quai-d’Orsay. On est en 1993, et ils ne font que se croiser dans des réunions interministérielles. Premier souvenir de Sarkozy: partisan de Balladur, il décroche son téléphone, lors de l’élection présidentielle de 1995, pour agonir d’injures Villepin, soutien de Chirac et auteur de propos venimeux parus dans la presse. Au lendemain de l’élection, Villepin professe de son côté que le «traître» Sarkozy est mort: il serait le prototype de l’homme politique archaïque.Avec les premières difficultés du gouvernement Juppé, le ton change. Un ami commun suggère à Villepin de rencontrer Sarkozy. Réponse: «C’est impossible. Je ne pourrais pas en parler au président qui serait très fâché s’il l’apprenait par ailleurs.» Preuve qu’il sait jusqu’où ne pas aller trop loin avec Chirac... Ce n’est qu’après l’accession du couple Séguin-Sarkozy à la tête du RPR, en 1997, que le contact se noue véritablement. Pendant cinq ans, jusqu’à l’élection présidentielle de 2002, Villepin devient l’agent traitant de Sarkozy à l’Elysée. Entre les deux hommes, qui se découvrent, le climat est rapidement idyllique. A preuve, le portrait dithyrambique de Villepin dressé par Sarkozy dans un livre paru en 2001 : «Le quotidien l’assomme, la médiocrité le déprime, l’adversité le requinque. Attaché à toute force à ce que Chirac soit à la hauteur de son destin, il enrage dès qu’une décision n’est pas prise dans la minute. Il n’y a pas de petitesse chez ce guerrier.» Le futur patron de l’UMP s’avoue en particulier bluffé par le fait que le secrétaire général de l’Elysée a soutenu sa candidature à la présidence du RPR, en 1999, contre l’avis de Chirac.
Aujourd’hui, on le sait, le ton a changé. Du moins côté Sarkozy. Devant ses amis, le ministre de l’Intérieur a été jusqu’à justifier son retour au gouvernement par sa volonté d’échapper aux flèches empoisonnées décochées par Villepin: il a découvert de la «petitesse chez ce guerrier»! Si le goût du nouveau Premier ministre pour les «affaires» est indéniable (voir plus loin), rien n’indique cependant qu’il ait cherché Place-Beauvau à déstabiliser Sarkozy, aussi bien dans l’affaire Clearstream qu’à l’occasion de ses problèmes conjugaux.
Le rapport de Villepin à Sarkozy est nettement plus serein. Aujourd’hui comme hier, il recherche sa collaboration au nom de la «République des talents». Il l’a invité deux fois à déjeuner avant d’accéder à Matignon pour lui proposer une alliance. Dans une classe politique pour qui il ne professe que mépris, il distingue dans le président de l’UMP une «énergie». Ce qui ne l’empêche pas de se gausser de lui, en privé, le traitant volontiers de «nain» ou de «nabot»: promenant un regard stratosphérique sur la politique, il juge Sarkozy beaucoup trop concentré sur des dossiers qui, à ses yeux, relèvent de l’intendance.
Ce qui est sûr, c’est qu’à la différence de nombreux hommes politiques, y compris de gauche, Villepin ne souffre pas du «complexe Sarko». Il juge son ministre de l’Intérieur beaucoup trop à droite pour être en mesure d’être élu président de la République. Les sondages actuels ne seraient qu’un leurre. Villepin en est intimement convaincu: en cas de réussite à Matignon, il devancera Sarkozy au premier tour en 2007, comme Chirac a dominé Balladur en 1995.
La grandeur de la France
C’est une chose qu’on ne peut contester au nouveau Premier ministre: il est naturellement gaullien. Les meetings qu’il a tenus pendant la récente campagne électorale l’ont une fois de plus attesté. A Périgueux, le 20 avril: «Je crois au génie de la France.» A Amiens, le 25 mai: «La France, le pays qui a porté la lumière aux peuples du monde.» Ou encore: «La seule place de la France: devant.» Alors que les leaders socialistes réduisent souvent leur horizon à la gauche, que Sarkozy se présente en champion de la droite et Bayrou en héraut du centre, alors que Chirac a toujours parlé étriqué, Villepin parle France couramment.
Dans cette veine, il expliquait très sérieusement début 2002 que Lionel Jospin n’avait aucune chance d’être élu à l’Elysée parce qu’il «était heureux en ménage». Quel rapport entre les deux propositions? «Pour devenir président, il faut avoir envie de faire l’amour avec la France», répondait-il, superbe. «J’ai grandi dans la passion de la France», confesse-t-il, pour expliquer ce gaullisme viscéral. Dominique de Villepin a été longtemps un Français de l’étranger. Né au Maroc, il a vécu la plus grande partie de sa jeunesse entre le Venezuela et les Etats-Unis. Mais ses parents l’ont élevé dans la religion du drapeau. Adulte, il s’est engagé au service exclusif de la France, dans la diplomatie. En meeting, il reboutonne sa veste avant d’entonner «la Marseillaise»...
Marquer l’histoire de France, tel est son rêve. Il a préparé depuis... de longues années son discours de politique générale. Il souhaite frapper les esprits, à la manière de Chaban-Delmas en 1969 avec la «nouvelle société». Raffarin s’est fait le champion de «la France d’en bas». Villepin est un enfant de «la France d’en haut» qui rêve éternellement de «sursaut».
La «saloperie humaine»
«Il est dans le plus élevé et le plus bas. D’un côté, il est féru de poésie, de littérature, de grandeur; de l’autre, il est tout aussi fasciné par la saloperie humaine, ce "misérable petit tas de secrets" qui fait notre vie, selon Malraux.» Ce proche ami n’hésite pas à comparer Dominique de Villepin à... François Mitterrand, qui goûtait autant les romans les plus ciselés que les notes les plus salaces des Renseignements généraux. «Avoir barre sur les hommes, grâce à la connaissance de leurs libidos, manipuler la pâte humaine, c’est sa passion secrète», poursuit le même proche.
Aux yeux du nouveau Premier ministre, autant la France est grande, autant l’homme est petit. Il a émis ce jugement un jour en comité restreint: «Il n’existe pas d’homme sans tache. Quand on croit cela d’une personne, c’est simplement qu’on est mal informé sur elle.» Quand la «saloperie» ne règne pas, la connerie n’est pas loin. Confession d’un haut fonctionnaire qui a travaillé avec lui à l’Elysée: «Dominique partage l’humanité entre les petits connards et les grands cons. Tout le problème pour nous, ses collaborateurs, c’était de ne pas passer de la première à la seconde catégorie.»
Aux yeux de Villepin, il y a pire que M. Tout-le-Monde: l’homme politique. Là, c’est un véritable florilège: «Comment voulez-vous que les députés soient intelligents? Ils ont presque tous été conseillers généraux avant.» «Un homme politique français, c’est quelqu’un qui a une femme en province et une maîtresse à Paris.» «Tous ces petits messieurs ont le cul sale.» Ou encore, cité récemment par «le Monde»: «Ils ont un organe plus développé que les autres, c’est le trouillomètre.»
Le fait que Dominique de Villepin ne se soit jamais présenté à une élection ne tient pas du hasard. A ses yeux, le suffrage universel rétrécit, rapetisse, racornit... Comment s’étonner dès lors si ses relations avec les élus ont toujours été fraîches? La dissolution ratée de 1997, dont il a été l’inspirateur, a contribué à les distendre un peu plus. Chirac s’en est inquiété à la mi-2004, quand il a commencé à songer à le nommer pour Matignon. Villepin a multiplié Place-Beauvau les déjeuners et les dîners de parlementaires. Sans parvenir toujours à les séduire, malgré son aisance verbale et son charme très réel.
C’est que, pour le microcosme, la cause est entendue: Villepin est un fouailleur de vies privées. A l’Elysée, il gérait les «affaires» pour Chirac; désormais, il les gère pour son propre compte. La «parano» de Sarkozy est symptomatique: Villepin ne fait pas peur seulement à cause de ses foucades...
La fascination pour l’échec
L’épisode a été largement rapporté par Philippe Boggio, dans une récente biographie. En mars 1997, Dominique de Villepin téléphone à Bernard Henri-Lévy au lendemain de l’échec de son film, «le Jour et la nuit». BHL est un essayiste à succès, mais c’est à l’occasion d’un flop retentissant que le secrétaire général l’invite à l’Elysée pour en disséquer les raisons. «C’est révélateur de la fascination de Dominique pour l’échec, explique un des rares députés à être entré dans son cercle rapproché. Cette fascination, on la retrouve, comme un fil rouge, dans toute son "œuvre", de la dissolution de 1997 à son meilleur livre, consacré aux Cent Jours: comment oublier qu’ils se sont terminés à Waterloo? Et voilà qu’à peine arrivé à Matignon il reprend la référence des Cent Jours! Sarkozy, lui, c’est Bonaparte au pont d’Arcole.»
Un autre ami préfère insister sur «la violence qu’il porte en lui. Il a quelque chose d’extrême. Il a manifestement souffert. Mais de quoi?». Afin de marquer combien l’indiffèrent les remugles du microcosme, le nouveau Premier ministre a confessé à i-Télévision: «La mort d’un frère, ça, ça vous transforme.» Dominique de Villepin a été très touché par la disparition de son aîné, Eric, dont il était proche. Un frère fragile mort à 20 ans d’une crise cardiaque, selon «le Monde», après une promenade en mer mouvementée qu’ils avaient faite ensemble.
Un «Américain» antiaméricain
Retour du meeting d’Amiens, le 25 mai. A 23 h 30, Villepin fait arrêter sa voiture sur une aire d’autoroute. Il sort son portefeuille de la poche de sa veste et se précipite en chemise dans la cafétéria déserte où il achète un sandwich sous Cellophane et un Orangina Fire. Comme il avait déjà fait une pause semblable à l’aller, on suggère que les aires d’autoroute l’attirent. Son visage s’éclaire: «J’adore ça. C’est mon côté américain.» Et de rêver de rentrer à Paris dans un grand car «avec des consoles» où chacun prendrait place pour écouter de la musique. Villepin, «on the road again», sur une improbable Route 66 qui traverse l’Oise...
Son côté américain: à Toulouse, où il a été pensionnaire le temps de passer le bac, ses camarades de classe l’appelaient déjà «l’Américain». Normal: il venait des Etats-Unis et il y retournait pendant les vacances. Il a retrouvé les Etats-Unis comme diplomate au milieu des années 1980. L’Amérique, il en est donc imprégné. Mais c’est lui qui l’a défiée, le 14 février 2003 à l’ONU, au moment de la crise irakienne, parlant au nom d’un «vieux pays, la France, et d’un vieux continent, l’Europe».
Un grand écart qui met en lumière toutes les facettes du personnage. A sa nomination comme ministre des Affaires étrangères en 2002, Villepin demande au Quai-d’Orsay de mettre une sourdine à son antiaméricanisme traditionnel. Selon Jean-Louis Borloo, il exprime même des réticences quand Chirac condamne d’emblée toute intervention en Irak. Mais au fur et à mesure que le bras de fer entre Paris et Washington se durcit, celui qui s’affirme d’abord comme un «spécialiste de la communication de crise» fait dans la surenchère. A l’Elysée, il clamait que son rôle était de permettre à Chirac «d’être lui-même», de le débarrasser de ses prudences, de sa propension à couper toutes les poires en deux. Au Quai-d’Orsay, il craint que Chirac prenne peur de son audace et vacille devant la détermination américaine. Aussi entreprend-il de bloquer tout retour en arrière en agitant le spectre d’un veto français à l’ONU: «Pendant quelques jours, Chirac et Villepin se sont livrés à une fascinante partie d’échecs, confie un diplomate. La vérité, c’est que le ministre des Affaires étrangères a enfermé le président dans son discours.»
Etonnant paradoxe! Le refus d’intervenir en Irak aux côtés des Américains a fait la quasi-unanimité dans la classe politique française. Alors que le quasi-usage du veto a été condamné mezzo vocce par nombre de responsables, de Nicolas Sarkozy à Lionel Jospin. «Inutile et blessant», estimait à l’époque l’actuel ministre de l’Intérieur, pendant que l’ancien Premier ministre socialiste parlait d’une «ligne juste appliquée sans justesse». Qu’on l’approuve ou qu’on le condamne, ce défi aux Etats-Unis est dû au plus «américain» des leaders français. «Il ne faut pas s’y tromper, analyse un de ses amis. Par temps calme, Villepin est suffisamment fin pour ne pas en rajouter. Mais en temps de crise, il se dévoile: son fond de sauce, c’est l’antiaméricanisme, dans le droit fil de la tradition du Quai-d’Orsay et de la doctrine gaulliste.»
Les questions d’intendance
Matignon, une erreur de casting? A priori, Villepin apparaît davantage taillé pour l’Elysée – au service de la France éternelle – ou pour l’Intérieur – comme Fouché, il aime la basse police. Mais un Premier ministre doit plonger les mains dans un tout autre cambouis: se coltiner les dossiers chauds, en particulier économiques et sociaux. Villepin vient de s’autopromouvoir général en chef dans le combat contre le chômage. A priori, il a autant de titres pour y prétendre que Philippe Douste-Blazy pour devenir ministre des Affaires étrangères... C’est dire que ce n’est pas gagné!
En sept ans à l’Elysée, il a sidéré tous ceux qui l’ont côtoyé: jamais il n’a émis une opinion sur un dossier de politique intérieure. Mieux: il se vante de n’avoir jamais ajouté un commentaire de sa main sur les notes préparées par le cabinet et qu’il transmettait au président. Fidèle à sa conception policière de l’histoire, il restera comme l’homme invisible de l’Elysée. Il intervenait quotidiennement bien sûr, mais sous le seul prisme de la communication. De crise, forcément... C’est ainsi qu’il a prôné le retrait pur et simple de la loi Debré au moment de l’occupation de l’église Saint-Bernard, durant l’été 1996.
A Matignon, ce mépris très gaullien pour les questions d’intendance est interdit. Villepin a conscience de la difficulté. Dans la perspective de sa nomination, il a bachoté afin de s’imprégner des dossiers qu’il avait dédaignés depuis 1995. C’est ainsi qu’en compagnie de son conseiller aux études Bruno Le Maire, pour sa part parfaitement averti des blocages de la société française, Villepin a rencontré de nombreux économistes, syndicalistes et patrons. L’un de ses interlocuteurs avoue avoir été surtout frappé par son absence de culture économique et par son dilettantisme...
La tentation de la cahute
Qu’ils l’admirent ou qu’ils s’en défient, ceux qui connaissent Dominique de Villepin estiment que Jacques Chirac a fait un pari à haut risque en nommant son «meilleur chef de commando» à Matignon. Bien sûr, les pro-Villepin pensent que ce pari peut être gagné. «La vérité, c’est qu’il est très supérieur intellectuellement à Sarkozy, assure un sénateur proche des deux hommes. Grâce à son acuité et à son énergie, il devrait dominer ses démons et ses passions.» «J’ai toujours été convaincu qu’il aurait un destin», surenchérit un ancien condisciple de l’ENA. «De toute manière, ajoute un troisième proche, plus circonspect, si ça ne marche pas, il fera autre chose. Il ne vient pas à Matignon pour être médiocre. Il a une conception romanesque de sa propre existence: il est capable d’avoir plusieurs vies, d’aller ensuite vivre dans une cahute au fond du Sénégal...»
PREAMBULE
La Plume et l'Epée, petit clin d'oeil à F. Moulin d'RTL.
Deux mots pour mettre en exergue à la fois la nature guerrière et lyrique de notre Premier Ministre. Une tribune pour suivre et commenter l'actualité et les actions du gouvernement de Dominique de Villepin, bien au delà des "100 jours" et pourquoi pas dans la perpective de 2007.
D'avance merci à tous ceux qui participeront au débat.
Diane

